Jean-Marie Urien, de Saint-Pol-de-Léon à Port-au-Prince

Histoires familiales

Parcours de Jean-Marie Urien, devenu Frère Bertrand, de Saint-Pol-de-Léon à Port-au-Prince en Haïti

Dans cet article

Certaines histoires familiales tiennent d’abord en quelques lignes.

Un nom dans un acte. Une mention dans un registre. Une date inscrite au détour d’une table d’archives.

Puis un document apparaît et, soudain, ces quelques lignes ouvrent une fenêtre sur une vie entière.

C’est ce qui s’est produit avec Jean-Marie Urien.

Né en Bretagne en 1880, il quitte très jeune son univers familial pour entrer dans la vie religieuse. Quelques années plus tard, les archives permettent de suivre sa trace à Langonnet, à Chevilly, en Guadeloupe, puis jusqu’à Port-au-Prince, en Haïti.

Il n’a alors que vingt ans.

Jean-Marie Urien, un enfant de Saint-Pol-de-Léon

Jean-Marie Urien naît le 8 août 1880 à Saint-Pol-de-Léon, dans le Finistère.

Il est le fils de Joseph-Marie Urien et d’Anne Gillet.

Un autre personnage de la famille va prendre une importance particulière dans son histoire : son oncle, le Père François Urien.

Né en 1857, François Urien avait lui-même choisi la vie religieuse. Les archives spiritaines racontent sa formation à Saint-Pol-de-Léon, puis à Langonnet et Chevilly, avant son départ comme missionnaire pour le Gabon en 1883.

Quelques années plus tard, Jean-Marie emprunte à son tour cette voie.

Le texte consacré au jeune homme indique explicitement qu’il entre dans la vie religieuse « sous les auspices » de son oncle François.

Derrière cette formule apparaît un lien familial particulièrement intéressant : dans cette famille bretonne de la fin du XIXᵉ siècle, la vocation de l’oncle semble avoir accompagné celle du neveu.

À seize ans, Jean-Marie entre à Langonnet

Le 3 septembre 1896, Jean-Marie a tout juste seize ans lorsqu’il entre au postulat des Frères de Notre-Dame de Langonnet.

Langonnet marque ainsi le début documenté de son parcours religieux.

Trois années passent.

Le 19 mars 1899, à Chevilly, Jean-Marie fait profession religieuse.

À cette occasion, il reçoit un nouveau nom.

Jean-Marie Urien devient désormais Frère Bertrand.

Ce changement de nom pourrait facilement égarer une recherche généalogique. Dans les actes familiaux, il reste Jean-Marie Urien. Dans les archives de sa vie religieuse, il faut désormais aussi rechercher Bertrand Urien ou Frère Bertrand.

Deux noms pour suivre une même personne.

De la Bretagne à la Guadeloupe

Parcours de Jean-Marie Urien de Saint-Pol-de-Léon à Port-au-Prince en passant par la Guadeloupe

Après sa profession religieuse, son parcours prend une dimension beaucoup plus lointaine.

La notice spiritaine indique qu’il passe une année en Guadeloupe.

Le document ne donne pas davantage de détails sur cette période. Il ne faut donc pas lui faire raconter ce qu’il ne dit pas.

Nous savons simplement que le jeune Breton se trouve alors à plusieurs milliers de kilomètres de Saint-Pol-de-Léon.

Puis une nouvelle destination apparaît dans les archives : Haïti.

Son déplacement est expliqué par la notice elle-même. Il aurait été envoyé hors d’Europe dans le contexte de l’article 50 de la loi militaire, afin de pouvoir bénéficier des dispositions concernant les jeunes hommes résidant hors d’Europe avant leurs dix-neuf ans.

C’est ainsi que la trace de Frère Bertrand conduit jusqu’à Port-au-Prince.

À Port-au-Prince

À l’été 1900, Jean-Marie se trouve donc en Haïti.

La notice raconte qu’après cinq semaines de vacances, qui l’avaient reposé de ses travaux de l’année scolaire, il participe avec les Pères de la communauté de Port-au-Prince à leur retraite annuelle.

Reconstitution illustrée évoquant la vie d’un frère missionnaire à Port-au-Prince en Haïti vers 1900

C’est au cours de cette retraite qu’il tombe malade.

Et cette fois, l’archive devient beaucoup plus précise.

Elle parle de la fièvre jaune.

La maladie aurait emporté le jeune homme en seulement trois jours.

Un témoignage reproduit dans la notice permet même d’approcher ses derniers instants.

Dans une lettre datée du 29 août 1900, un religieux raconte avoir compris rapidement la gravité de son état et lui avoir administré les derniers sacrements. Peu après, Jean-Marie perd connaissance.

Le religieux précise que, pour le médecin comme pour lui, le jeune Frère présentait tous les symptômes d’un très violent accès de fièvre jaune.

Ce passage donne une dimension singulièrement humaine au document.

Plus d’un siècle plus tard, il ne reste pas seulement une mention administrative de décès. Il subsiste le témoignage de quelqu’un qui se trouvait auprès de lui.

24 ou 29 août 1900 ?

Les archives réservent pourtant une difficulté.

Et elle mérite d’être conservée telle quelle.

La notice consacrée au Frère Bertrand Urien indique que la fièvre jaune l’emporte le vendredi 24 août 1900.

Notice consacrée au Frère Bertrand, Jean-Marie Urien, né en 1880 à Saint-Pol-de-Léon et mort en 1900

Mais une autre source retrouvée dans les archives françaises ne donne pas la même date.

La table des successions et absences conservée aux Archives départementales du Finistère indique le décès de Jean-Marie Urien à Port-au-Prince le 29 août 1900.

Table des successions et absences mentionnant le décès de Jean-Marie Urien à Port-au-Prince en 1900

Cinq jours séparent donc les deux indications.

Laquelle est exacte ?

À ce stade de la recherche, je ne peux pas le déterminer.

Je n’ai pas encore retrouvé l’acte de décès de Jean-Marie à Port-au-Prince.

Plutôt que de choisir arbitrairement la date qui paraît la plus vraisemblable, les deux doivent donc être conservées.

C’est aussi cela, travailler avec des archives : accepter parfois qu’une question reste sans réponse.

Deux documents peuvent se contredire. Une information que l’on pensait certaine peut soudain devenir une hypothèse à vérifier.

C’est l’une des difficultés que l’on rencontre lorsque l’on mène une enquête généalogique à partir des archives.

La recherche reste alors ouverte.

Une vie de vingt ans dispersée dans les archives

Jean-Marie Urien n’a vécu qu’une vingtaine d’années.

Pourtant, les traces conservées permettent aujourd’hui de dessiner une trajectoire étonnamment vaste.

Saint-Pol-de-Léon. Langonnet. Chevilly. La Guadeloupe. Port-au-Prince.

Quelques noms de lieux suffisent à mesurer le chemin parcouru depuis la Bretagne de son enfance.

Et chacun de ces lieux correspond à une nouvelle pièce de son histoire.

L’état civil permet de retrouver l’enfant né dans la famille Urien.

Les archives religieuses révèlent Jean-Marie devenu Frère Bertrand.

Les archives françaises enregistrent à leur tour le décès survenu à des milliers de kilomètres.

Aucun de ces documents, pris isolément, ne raconte toute sa vie.

État civil, archives religieuses ou documents administratifs font partie des sources qui permettent de retracer la vie d’un ancêtre.

C’est leur rapprochement qui lui redonne une continuité.

Derrière le nom, retrouver une histoire

Lorsque l’on construit un arbre généalogique, Jean-Marie pourrait facilement n’occuper qu’une petite case.

1880-1900.

Deux dates séparées par un trait.

Mais derrière ce trait se trouvent un adolescent qui quitte la Bretagne, un oncle qui semble avoir joué un rôle dans sa vocation, une profession religieuse sous un nouveau nom, un séjour en Guadeloupe, un départ pour Haïti et, enfin, quelques lignes écrites après sa mort par quelqu’un qui l’avait accompagné dans ses derniers instants.

C’est précisément pour cela que les histoires familiales dépassent les arbres et les listes de dates.

Les archives ne permettent pas toujours de tout savoir.

Elles laissent des silences, des contradictions et parfois des questions qui attendent encore leur réponse.

Mais lorsqu’on rassemble patiemment les traces qu’elles ont conservées, une petite case dans un arbre peut retrouver quelque chose de beaucoup plus précieux :

une histoire.

Saint-Pol-de-Léon se trouve dans le Finistère ; pour explorer d'autres branches du département, voici comment rechercher ses ancêtres dans le Finistère à travers les différentes archives.

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