Un ancêtre est indiqué comme marin, matelot, mousse, novice, pilote, patron de pêche ou capitaine dans un acte ?
En Bretagne, cette profession peut ouvrir un dossier de recherche particulièrement riche.
Les archives maritimes permettent parfois de retrouver son état civil, son signalement physique, ses embarquements successifs, les navires sur lesquels il a navigué, ses campagnes de pêche ou de commerce et même les circonstances d’une disparition en mer.
Pour retrouver un ancêtre marin en Bretagne, commencez par identifier son quartier maritime, puis recherchez sa matricule des gens de mer. Les rôles d’équipage et les matricules des navires permettent ensuite de suivre ses embarquements et de reconstituer sa carrière.
Comment retrouver un ancêtre marin ?
Avant de chercher dans les archives maritimes, rassemblez les informations déjà connues sur votre ancêtre :
- nom et prénoms ;
- date et lieu de naissance ;
- domicile ;
- profession exacte indiquée dans les actes ;
- date de mariage ou de décès ;
- noms éventuels de navires ;
- ports ou communes où la famille vivait.
Le lieu de domicile est particulièrement important, car l’inscription maritime était organisée en quartiers maritimes, eux-mêmes subdivisés en syndicats ou sous-quartiers.
Trouver le bon quartier permet souvent de trouver le bon registre.
Inscription maritime : la source essentielle
Le système de l’inscription maritime est issu de l’ancien système des classes créé sous Louis XIV.
Il recensait les professionnels de la mer : capitaines, maîtres au cabotage, pilotes, officiers mariniers, matelots, mousses, novices et certains ouvriers liés aux activités maritimes.
Chaque marin recevait un numéro et une case matricule mise à jour au fil de sa carrière.
Ces registres sont aujourd’hui essentiels pour retracer un parcours maritime.
Selon les périodes et les quartiers, les fonds sont conservés au Service historique de la Défense ou dans les Archives départementales.

Quel quartier maritime consulter ?
Un marin n’est pas forcément classé sous son lieu de naissance.
Le point de départ est généralement le quartier maritime dont dépend son domicile.
Le SHD conseille, lorsqu’on ne connaît pas ce domicile, de partir du lieu de naissance, de mariage ou de décès pour identifier le quartier probable.
En Bretagne, les fonds concernent notamment des quartiers comme :
- Brest ;
- Camaret ;
- L’Aberwrac’h ;
- Le Conquet ;
- Douarnenez ;
- Quimper ;
- Le Guilvinec ;
- Concarneau ;
- Lorient ;
- Vannes ;
- Groix ;
- Saint-Brieuc ;
- Binic ;
- Lannion ;
- Morlaix ;
- Roscoff ;
- Saint-Malo ;
- Cancale ;
- Dinan.
Le secteur de Redon possède également son propre fonds d’inscription maritime.
Cette organisation territoriale explique pourquoi il faut parfois chercher dans un centre d’archives différent de celui attendu.
Matricule de marin : quelles informations ?
La matricule des gens de mer est souvent le document le plus riche.
Dans le fonds de Lorient, le SHD indique qu’elle peut notamment contenir :
- numéro de matricule ;
- références aux matricules précédentes et suivantes ;
- état civil ;
- noms des parents ;
- domicile ;
- signalement physique ;
- blessures ou infirmités pour certaines périodes ;
- années de service ;
- campagnes effectuées ;
- noms des navires ;
- fonction exercée à bord ;
- ports d’embarquement et de débarquement ;
- changement de grade ;
- changement de quartier ;
- radiation ;
- décès ou disparition en mer ;
- récompenses ou actions de bravoure.
Une seule case peut donc condenser plusieurs décennies de carrière.
Suivre un marin de matricule en matricule
Parce que la matricule d’un marin peut changer au cours de sa vie.
Le marin peut passer :
- de mousse à novice ;
- de novice à matelot ;
- puis à un grade supérieur ;
- dans une nouvelle série de matricules ;
- ou dans un autre quartier maritime.
Les anciennes cases indiquent souvent vers quelle nouvelle matricule poursuivre la recherche.
Le SHD précise également que les séries ont été renouvelées périodiquement, ce qui oblige parfois à suivre le marin de registre en registre.
La recherche ressemble alors à une petite chaîne documentaire : chaque référence mène à la suivante.
Mousses, novices et jeunes marins
Les jeunes marins apparaissent eux aussi dans les fonds.
À partir de 1865, le SHD distingue notamment les inscrits provisoires, catégorie comprenant les mousses et novices.
Dans le fonds de Lorient, les mousses sont décrits comme âgés de 10 à 16 ans et les novices de plus de 16 ans.
Si un ancêtre a commencé très jeune à naviguer, il faut donc chercher sa première trace dans la catégorie correspondant à son âge et à son statut, avant de passer aux matricules des marins adultes.
Rôles d’équipage : suivre les embarquements
La matricule donne souvent le nom des navires sur lesquels le marin a embarqué.
Pour aller plus loin, il faut consulter les rôles d’équipage.
Ces documents permettent de connaître la composition de l’équipage lors de l’armement ou du désarmement d’un navire.
Selon le fonds, ils peuvent permettre de retrouver :
- le nom du marin ;
- sa fonction ;
- le navire ;
- la campagne concernée ;
- le port ;
- les autres membres d’équipage.
Les rôles complètent donc parfaitement la matricule individuelle.

Matricule du navire : retrouver le bateau
Un navire possède lui aussi sa propre histoire administrative.
Les matricules des bâtiments peuvent indiquer :
- le nom du navire ;
- son numéro d’immatriculation ;
- son lieu et son année de construction ;
- sa jauge ou son tonnage ;
- le nom de l’armateur ;
- ses campagnes et désarmements selon les séries.
Les Archives départementales de Loire-Atlantique présentent ces documents comme une véritable « carte d’identité » du bateau.
En croisant matricule du marin, rôle d’équipage et matricule du navire, on peut parfois reconstituer une partie très précise de la carrière.
Pêche, commerce ou Marine de l’État ?
Il faut distinguer plusieurs parcours.
Un marin peut naviguer :
- à la pêche ;
- au commerce ;
- dans la Marine de l’État ;
- ou successivement dans plusieurs de ces cadres.
L’inscription maritime est particulièrement utile pour les professionnels de la pêche et du commerce.
Mais elle peut également mentionner les périodes effectuées sur les navires de l’État lorsque le marin est appelé au service.
Le SHD de Lorient indique même qu’on a parfois davantage de chances de retrouver un marin de l’État dans les séries de l’inscription maritime que dans les seules matricules de la Marine nationale.
Pour une carrière militaire complète, il peut néanmoins être nécessaire de poursuivre ensuite dans les fonds propres à la Marine.
Archives maritimes en Ille-et-Vilaine
Les Archives départementales d’Ille-et-Vilaine conservent le fonds de l’inscription maritime des quartiers de Saint-Malo, Cancale et Dinan, de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XXe siècle.
Depuis 2025, une grande partie de ces archives est accessible en ligne.
Les matricules permettent de suivre les marins, tandis que les fonds consacrés aux navires comprennent notamment des armements, désarmements, matricules de bâtiments et rôles d’équipage.
C’est une ressource particulièrement intéressante pour les familles liées à Saint-Malo et à la côte nord-est bretonne.
Archives maritimes dans le Finistère
Le Finistère possède des fonds maritimes particulièrement riches.
Le SHD conserve notamment les archives des quartiers de :
- Brest ;
- Camaret ;
- L’Aberwrac’h ;
- Le Conquet ;
- Douarnenez ;
- Quimper ;
- Le Guilvinec ;
- Concarneau ;
- Morlaix ;
- Roscoff.
Selon les quartiers, les fonds peuvent remonter au XVIIIe siècle.
Les registres concernent non seulement les marins, mais aussi les bâtiments, armements, désarmements et rôles d’équipage.
Pour replacer ces recherches dans l’ensemble des sources finistériennes, voir Généalogie Finistère : retrouver ses ancêtres.
Archives maritimes dans le Morbihan
Le SHD de Lorient conserve plusieurs fonds importants liés aux quartiers maritimes du Morbihan.
On y trouve notamment Lorient, Vannes, Groix, mais aussi d’autres quartiers et sous-quartiers rattachés à l’arrondissement maritime de Lorient.
Les séries P comprennent généralement :
- matricules des gens de mer ;
- matricules des bâtiments ;
- armements ;
- désarmements ;
- rôles d’équipage.
Attention toutefois : certaines destructions d’archives peuvent créer des lacunes. Le fonds de Lorient a par exemple subi d’importantes pertes lors des bombardements de 1943.
Pour une recherche plus large dans le département, voir Généalogie Morbihan : retrouver ses ancêtres.
Archives maritimes dans les Côtes-d’Armor
Le SHD conserve notamment les fonds des quartiers de Saint-Brieuc et Binic, ainsi que ceux de Lannion.
Les fonds de Lannion, Morlaix et Roscoff comprennent matricules des gens de mer, matricules de bâtiments, armements, désarmements et rôles d’équipage.
Ces sources sont particulièrement utiles pour les familles de pêcheurs et de marins de la côte nord.
Voir aussi Généalogie Côtes-d’Armor : retrouver ses ancêtres.
Archives maritimes en Loire-Atlantique
Les Archives départementales de Loire-Atlantique disposent d’un fonds remarquable de l’inscription maritime.
Les matricules des quartiers de Bourgneuf-en-Retz, Le Croisic, Nantes, Paimbœuf et Saint-Nazaire ont été indexées pour une grande partie de la période 1700-1929.
Une recherche nominative permet donc de retrouver directement certains marins.
Le quartier du Croisic s’étendait notamment vers Redon et Pénestin, ce qui peut être utile lorsque les familles circulent entre Bretagne sud et estuaire de la Loire.
Voir aussi Rechercher ses ancêtres en Loire-Atlantique : quelles archives consulter ?.
Disparition en mer : quelles archives consulter ?
La mention « disparu en mer » dans une matricule n’est pas nécessairement la fin de la recherche.
Elle peut au contraire ouvrir d’autres pistes :
- jugement déclaratif de décès ;
- rôle d’équipage ;
- dossiers liés au navire ;
- presse locale ou nationale ;
- archives judiciaires ou administratives ;
- secours versés aux familles ;
- listes de victimes.
La matricule peut parfois mentionner directement une disparition ou le jugement confirmant le décès.
Pour voir comment une recherche familiale peut basculer vers l’histoire d’un naufrage, lire Quand la généalogie mène jusqu’à un naufrage.
Et pour mesurer ce que ces drames pouvaient représenter pour les familles restées à terre : Les veuves de la Catherine : une archive bouleversante de 1887.
La presse peut compléter les archives maritimes
Lorsqu’un événement sort de l’ordinaire, la presse est souvent précieuse.
Elle peut signaler :
- naufrage ;
- disparition ;
- sauvetage ;
- collision ;
- tempête ;
- procès ;
- arrivée ou départ d’un navire ;
- distinctions attribuées à un marin.
Il faut toutefois confronter l’article de presse aux documents administratifs.
La presse raconte souvent l’événement. La matricule et le rôle d’équipage permettent de vérifier l’identité et la présence du marin à bord.
Comment retracer la carrière d’un marin ?
Pour éviter de vous perdre dans les fonds maritimes :
- partez de l’état civil de votre ancêtre ;
- identifiez son domicile et son quartier maritime ;
- cherchez sa catégorie : mousse, novice, matelot, capitaine, pilote… ;
- trouvez sa matricule ;
- suivez les références vers les matricules suivantes ;
- relevez tous les noms de navires ;
- consultez les rôles d’équipage ;
- recherchez les matricules des bâtiments ;
- croisez avec la presse en cas d’événement particulier ;
- conservez les cotes et références de chaque document.
Cette méthode permet de passer progressivement d’une profession indiquée dans un acte à une véritable carrière maritime.
Ce que les archives maritimes révèlent sur un ancêtre
Une simple mention « marin » peut cacher des dizaines d’années de navigation.
Les archives de l’inscription maritime permettent parfois de suivre un homme depuis ses premiers embarquements comme mousse jusqu’à son passage hors de service.
Elles donnent alors accès à une autre dimension de l’histoire familiale : les ports fréquentés, les navires, les campagnes, les absences, les risques du métier et parfois les drames qui ont marqué toute une famille.
Pour une généalogie bretonne, les archives maritimes sont donc bien plus qu’une source professionnelle : elles permettent de retrouver une véritable vie de marin.











