Quand la généalogie mène jusqu’à un naufrage

Enquêtes généalogiques

Bureau de recherche généalogique maritime avec registre ancien, carte marine, photographie de marin et goélette au large de Paimpol

Dans cet article

Certaines recherches généalogiques commencent avec une simple question familiale.

Un nom. Une date. Quelques souvenirs transmis, parfois très peu.

Et puis, au détour d’une recherche, un détail apparaît et change complètement la direction de l’enquête.

C’est exactement ce qui s’est produit lorsque j’ai commencé à remonter une branche de la famille d’une amie.

Elle connaissait peu cette partie de son histoire familiale. Mon objectif était donc assez classique : retrouver ses ancêtres, établir les filiations et reconstruire progressivement les générations.

Je ne m’attendais pas à ce que cette recherche me conduise jusqu’au port de Paimpol, aux marins d’Islande et à la disparition d’une goélette en 1887.

Au départ, une branche familiale presque inconnue

Quand on commence une enquête généalogique, on ne sait jamais vraiment où elle va nous emmener.

On part généralement des informations les plus récentes : actes de naissance, mariages, décès, noms des parents, professions et domiciles.

Puis on remonte.

Une génération.

Puis une autre.

Dans cette famille, l’une des branches paternelles était peu connue.

L’objectif était donc d’abord de retrouver des personnes et de reconstruire des liens familiaux.

Mais en généalogie, un arbre ne se résume pas à relier des cases entre elles.

Certains ancêtres laissent derrière eux une histoire qui dépasse largement les quelques lignes inscrites dans un registre d’état civil.

C’est ce qui allait arriver ici.

Une disparition en mer apparaît dans la recherche

En remontant cette branche, je découvre que l’un des ancêtres de mon amie, son arrière-arrière-grand-père, n’est pas simplement décédé dans sa commune comme beaucoup de ses contemporains.

Son histoire mène vers la mer.

Puis apparaît le nom d’un navire :

la goélette Catherine.

À partir de ce moment-là, la recherche change complètement de nature.

Il ne suffit plus de chercher un acte de naissance, de mariage ou de décès.

Il faut comprendre ce qu’était ce bateau, pourquoi cet homme se trouvait à son bord et ce qui lui est arrivé.

Une enquête généalogique devient alors une enquête historique.

La Catherine, une goélette partie de Paimpol

Les recherches consacrées aux marins de Paimpol disparus pendant les campagnes de grande pêche permettent de retrouver la trace de la Catherine.

En 1887, cette goélette quitte Paimpol pour rejoindre les zones de pêche d’Islande.

Les relevés consacrés aux marins disparus indiquent que le navire est perdu corps et biens avec vingt hommes d’équipage, pendant la traversée de Paimpol vers l’Islande.

Pour plusieurs membres de l’équipage, la disparition est enregistrée comme étant survenue après le 28 février 1887.

Et c’est ici qu’une règle essentielle de la recherche généalogique prend tout son sens :

il faut accepter de ne pas tout savoir.

Je peux établir que la goélette a disparu pendant cette traversée.

Je peux établir que vingt hommes se trouvaient à bord.

Mais je ne vais pas inventer l’endroit exact où elle a sombré ni les dernières heures de l’équipage si aucun document ne permet de les connaître.

L’absence d’information fait aussi partie de l’histoire.

Qui étaient les « marins d’Islande » ?

Pour comprendre ce qui est arrivé à cet ancêtre, il faut replacer son parcours dans le contexte de son époque.

À partir de 1852, Paimpol développe considérablement la pêche à la morue dans les eaux islandaises.

Pendant plusieurs décennies, des goélettes quittent chaque année le port pour de longues campagnes.

La pêche à Islande devient l’une des grandes activités économiques du pays de Paimpol.

À son apogée, à la fin du XIXe siècle, des dizaines de navires sont armés pour ces campagnes.

Les goélettes utilisées mesurent généralement plusieurs dizaines de mètres et embarquent souvent une vingtaine d'hommes.

Les campagnes peuvent durer de nombreux mois.

Pour les familles restées à terre, chaque départ signifie donc une longue attente.

La mer fait vivre toute une région, mais elle emporte aussi régulièrement des hommes.

Goélette de pêche du XIXe siècle naviguant sur une mer agitée

Derrière un naufrage, vingt histoires familiales

Lorsque l’on lit simplement :

« goélette perdue corps et biens avec vingt hommes d’équipage »

on peut facilement ne voir qu’un événement maritime.

Pour le généalogiste, ce sont pourtant vingt histoires individuelles.

Vingt hommes qui avaient des parents.

Certains avaient une épouse.

Des enfants.

Des frères et des sœurs.

Une maison où quelqu’un attendait leur retour.

C’est cette dimension qui m’intéresse particulièrement dans une enquête généalogique.

Le naufrage n’est pas seulement la fin d’un navire.

Il provoque une rupture dans plusieurs familles.

Un enfant peut grandir sans son père.

Une femme devient veuve.

Une branche familiale prend soudain une autre direction.

Quelques mots trouvés dans une archive peuvent donc expliquer des événements familiaux dont les descendants n’ont parfois plus aucun souvenir.

Femme et deux enfants observant le port breton au départ des marins d’Islande

Les familles des disparus ne sont pas oubliées

Les naufrages de la grande pêche frappent régulièrement le pays de Paimpol au XIXe siècle.

L’année 1887 est particulièrement douloureuse.

Les recherches historiques concernant les naufrages paimpolais montrent que des souscriptions sont organisées pour venir en aide aux familles touchées.

Une collecte ouverte notamment après la disparition d’une autre goélette, la Petite-Jeanne, est ensuite étendue aux familles des hommes disparus à bord de la Catherine.

Cette information change encore la manière de regarder l’événement.

Les vingt hommes ne disparaissent pas seulement des registres maritimes.

Leur disparition touche toute une communauté.

Comment passe-t-on d’un ancêtre à un naufrage ?

C’est probablement la partie que je préfère dans ce type de recherche.

Au départ, rien ne permet d’imaginer jusqu’où elle va mener.

On suit d’abord une filiation.

Un acte fournit une profession.

Une mention conduit vers un autre document.

Un nom de navire apparaît.

Et soudain, il faut quitter momentanément les registres d’état civil pour explorer d’autres sources.

Les archives maritimes, les listes de marins disparus, la presse ancienne, les documents concernant les armements des navires ou encore les recherches historiques locales deviennent alors autant de nouvelles pistes.

Chaque document répond à une question, mais en fait souvent naître deux autres.

C’est précisément ce qui transforme une recherche généalogique en enquête.

Une enquête peut rapidement conduire bien au-delà de l’état civil. Pour découvrir les principales sources disponibles, retrouvez aussi quels documents consulter dans les archives pour retracer la vie d’un ancêtre.

La presse ancienne peut aussi mener vers des affaires beaucoup plus sombres, comme l’assassinat de Jean-Marie Urien à Kéravel en 1906.

Borne illustrée indiquant Paimpol et l’Islande au bord d’une côte bretonne avec filets et matériel de pêche

Ne pas raconter plus que les archives

Une histoire comme celle-ci donne forcément envie d’imaginer la scène.

Le départ de Paimpol.

Les familles sur le quai.

La goélette quittant le port.

La mer qui se dégrade.

Les hommes à bord.

Puis le silence.

Mais ce serait très facile de franchir sans s’en rendre compte la frontière entre histoire et fiction.

Je pourrais écrire une tempête dont je n’ai aucune preuve.

Décrire les derniers instants de l’équipage.

Inventer les pensées de cet ancêtre au moment de partir.

Ce serait spectaculaire.

Ce ne serait plus de la généalogie.

Mon travail consiste au contraire à distinguer trois choses :

les faits établis par les sources, les hypothèses raisonnables et ce que nous ignorons.

Dans cette enquête, certains éléments sont solides.

L’existence de cet ancêtre.

Son lien avec la famille étudiée.

Son activité maritime.

La Catherine.

Le départ vers l’Islande.

La disparition du navire avec vingt hommes.

D’autres éléments restent à rechercher ou à confirmer.

Et ils doivent rester présentés comme tels.

Une découverte que sa descendante ne connaissait pas

C’est aussi ce qui donne tout son sens à ce type de recherche.

Mon amie ne connaissait pas cette histoire familiale.

Plus d’un siècle après les faits, le nom d’un ancêtre et celui d’un bateau permettent de rouvrir une histoire qui avait progressivement disparu de la mémoire familiale.

C’est exactement pour cela que la généalogie me passionne.

Bien sûr, construire un arbre est important.

Mais derrière une date de naissance ou de décès se trouve parfois une vie entière.

Et derrière une simple mention telle que « disparu en mer » peut se cacher tout un chapitre de l’histoire d’une famille.

Une enquête n’est jamais vraiment terminée

Retrouver le naufrage n’est donc pas la fin de la recherche.

C’est plutôt une nouvelle porte qui s’ouvre.

Il reste à chercher les traces de cet homme avant son dernier voyage.

Ses précédentes campagnes en mer.

Son inscription maritime.

Les autres navires sur lesquels il aurait éventuellement embarqué.

La situation de sa famille au moment de sa disparition.

Les conséquences de son décès pour ses proches.

La presse de l’époque peut également révéler de nouveaux éléments.

Et peut-être qu’un document encore inconnu permettra un jour de préciser davantage les circonstances de la disparition de la Catherine.

C’est ce qui rend les enquêtes généalogiques si particulières.

On commence parfois avec un simple nom.

Puis les archives nous entraînent beaucoup plus loin que prévu.

Dans cette recherche, elles nous ont conduits jusqu’au port de Paimpol, sur la route de l’Islande, à bord d’une goélette dont vingt hommes ne sont jamais revenus.

Et plus de cent ans plus tard, l’histoire de l’un d’entre eux retrouve enfin sa place dans la mémoire de sa famille.

Chaque enquête prend  une direction différente. Dans une autre recherche, c’est à partir d’actes et d’archives que j’ai pu retracer le parcours de Gabriel Urien.

Lorsqu’une piste semble s’arrêter, il faut parfois changer complètement de source. Voici également mes conseils pour retrouver un ancêtre quand on est bloqué en généalogie.

Une archive publiée en 1887 permet même de retrouver le moment où certaines veuves de la Catherine comprennent que leurs maris ne reviendront plus. Je raconte cette scène dans Les veuves de la Catherine : une archive bouleversante de 1887.

Pour aller au-delà du naufrage, les matricules et rôles d’équipage permettent de retracer la carrière d’un marin sur plusieurs années.

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